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Joseph Delteil…

Alain Valeau.JPGVous le connaissez par des lectures, des pièces de théâtre, un film, une émission, une promenade par Grabels ou simplement parce que notre école élémentaire porte son nom.

 Moi je l’ai feuilleté, il y a … longtemps, abandonné puis redécouvert au hasard de mes cueillettes dans notre bibliothèque.

Depuis avec notre Joie de Lire, nous avons échangé nos avis, et fouillé le phénomène.Pas de jugement : des mots  seulement,… pour le plaisir, le mien, le notre peut-être.

Le 20 avril 1894, à cinq heures du matin, Joseph Delteil nait à Villar­en­ Val (Aude). Ses parents sont originaires des environs de Montségur, haut, vraiment,  je l’ai gravi,  lieu ariégeois du catharisme. Jean­-Baptiste, son père, est en forêt, comme d’habitude : " Il ne rentrait presque jamais le soir à la maison; en plein bois, il avait installé une hutte de branchages et de bruyères où parfois nous passions quelques jours. " Sa mère, Madeleine, n'apprendra jamais à lire et ne suivra jamais les lignes écrites par son fils : " Pas même le titre; et aujourd'hui encore, je ne sais pas si je dois dire " Dieu merci " ou bien " tant pis ".

 Si la chronologie vous intéresse, de beaux dossiers éclaireront vos écrans. Mieux, lisez sa DELTHEILLERIE.

Disons qu’il est monté à Paris, les mains dans les poches et des mots au bout des doigts…  Et il revient…

« En 1930, j'arrive sans doute à l'âge où un peu de vérité, un peu d'humanité font du bien au cœur.  Aujourd'hui, ce faux Delteil qui court le monde, cette espèce de grand gaillard dépoitraillé, un mètre quatre­-vingt­-dix et cent vingt kilos, tonitruant, orgueilleux, " m'as-­tu vu " , ce faux Delteil m'horripile.

« Il est évident que si je fais un effort pour mener une vie simple et basée sur le bien, ce n’est pas du tout pour les beaux yeux du public ni pour la chose en soi, c’est pour atteindre ici-bas la totalité du bonheur. »

Le livre qui m’a conduit à repousser le battant de la porte de Joseph Delteil :

LA DELTHEILLERIE.
 « J'étais un paysan à l'état brut, sans racines spirituelles, sans véritable culture, instruit de bric et de broc (école primaire, puis séminaire). Un simple sauvage (non sans affûtiaux), venu tout nu de son patois. J'arrivais en sabots, tout chargé de messes et de raisins. Un ourson mal léché, l'innocent de village. Ourson d'aspect, cathare d'âme, paléolithique de cœur. »

 « Je suis entré dans le langage comme un bûcheron avec sa hache, le fils du bûcheron quoi !          

 «  J’emploie les mots à la source, dans leur innocence première. La nue-propriété plutôt que l'usufruit. Mais ce sont de pieux coquins et qui me jouent des tours pendables. Dès qu’on ne les a plus à l’œil, ils vous cherchent noise, font des fugues. Et caméléons avec ça ! …Par-delà le dictionnaire ils ont leur tempérament…        

 Voyez comme amoureux vous a un air tendre, tandis qu’amant met les pieds dans le plat. Perdre sa femme – comme  une aiguille, ou trouver la mort (comme si après l’avoir cherchée toute la vie). Le mot battre, un tantinet enfantin : battre un  enfant ou battre Napoléon, c’est le même mot. Le mot ventre son sens grossesse, son sens orgie, son sens puéril : le  ventrou.

Il y a les expressions toutes faites, parfois fertiles en perspectives savoureuses ou équivoques. La femme " met au  monde " – au monde, quelle ampleur cosmique ! La femelle animale " met bas ". La femme " donne à son mari " (gentil cadeau, de la main à la main semble-t-il) : sa femme lui donna quatre enfants.

            

Quelques livres, Joseph Delteil en a écrit une quarantaine, il en retient six seulement dans ses « Œuvres Complètes » ; Pas forcément les miens…,

 

JESUS II
« C'est l'histoire d'un fou, ne l'oublions pas, d'un authentique fou (j'appelle fou qui dans ce monde artificiel reste naturel). Les quatre chapitres du livre traduisent à mes yeux les quatre mouvements caractéristiques de tout homme <digne de ce nom.>. Le premier mouvement est l'amour, le pur et simple apostolat: <Homme, réveille-toi ! > Le second mouvement est l'action directe, la jolie croisade. Courir au feu... sauver un oiseau... sauver le monde... Le troisième, en cas d'échec (évident, hélas!) c'est l'appel à l'Autorité (le Pape?) : la Politique. Le quatrième mouvement enfin (à la réflexion), c'est le recours au Moi, la terre ferme du Moi, la forteresse du Moi... le suprême recours, le pire, mais le seul... Le maquis de l'âme. La Mystique.


LES POILUS

Les Tranchées. Là règne un homme qu'on appelle le Paysan. Les Tranchées, c'est affaire de remueurs de terre, c'est affaire de paysans. C'est l'installation de la guerre à la campagne, dans un décor de travaux et de saisons. Les Tranchées, c'est le retour à la terre. 

Il creuse, de Dunkerque à Belfort, des lignes profondes. De l'époque des semailles jusqu'au mois des moissons, il creuse. A l'heure où le raisin mûrit, à l'heure où le colza lève, il creuse. Il creuse, dans la longue terre maternelle, des abris comme des épouses, des lits comme des tombes. Chaque tranchée est un sillon, et chaque sape un silo. … Et toutes ces armes industrielles, ces engins nouveaux comme des étoiles, ces crapouillots à quatre pattes, ces lance-mines et ces tas d'obus fauves, tout a un grand air animal, un air d'animaux à cornes. La lune est toujours la lune des prairies. Il y a un merle sur une gueule de canon. De la pluie, de la pluie qui fait germer les avoines.

 

JEANNE D'ARC
 Hé quoi ! nul encore n'a songé à considérer Jeanne dans sa source de chair ! Nul n'a compris que Jeanne, c'est par excellence l'Enfant, et que l'Enfant, c'est de l'humain à l'état pur !           

 Du haut du bûcher, Jeanne considérait le spectacle de cette foule et de cette ville. C'était un de ces moments de pathétique silence qui précèdent les grands cataclysmes, un de ces silences lourds de mort. En bas, sur la place, les soldats à casaques rouges se démenaient, rapetissés et rigolos. Des moines violâtres récitaient des patenôtres. Des jeunes filles en coiffes roses riaient avec leurs amants. Des gosses verts et rouges, en attendant le spectacle, jouaient au galet dans un coin. Des chevaux pétaradaient. Des cris, des commandements militaires s'emmêlaient en diagonale. Un petit vieux à barbe blanche, au premier rang des spectateurs, déjeunait d'une rondelle de saucisson.
Mais là-haut, Jeanne planait au-dessus de cette foule. Elle était de plain-pied avec les plans supérieurs, avec la cime des arbres, avec les toits des maisons. Les clochers lui faisaient face, et le ciel était autour d'elle, était en elle. Elle regardait cette ville, ces mille églises gothiques chargées de dentelles comme des épouses, ces pignons pointus sucés par l'azur, ces tours faites d'aiguilles, cette fabuleuse broderie de pierre, ces joyaux d'art et d'humanité. Il faisait doux maintenant, doux et tendre. Des nuages chargés de lait passaient au-dessus des clochers chargés d'or. La brise était délicate comme le souffle d'une vierge. Les arbres municipaux ondulaient sous leurs charges de feuilles. C'était vraiment un beau jour de mai. Des moineaux en chaleur faisaient la voltige d'un orme à l'autre, tourbillonnaient autour du bûcher. L'un d'eux, insolent et frisé, vint se percher sur la tête de Jeanne, sur ses cheveux pareils aux blés. Et Jeanne souriait, heureuse d'un oiseau...
Et ce fut alors que le bourreau mit le feu.

J’aime ce livret, gourmand plus que gourmet, rieur plus que sérieux, je goûte la recette du lapin… Je ne vous la livre pas, elle mérite la chasse aux trésors.

 

 LA CUISINE PALEOLITHIQUE

« Ce livre n'est pas un livre de cuisine comme les autres. Ne vous attendez pas à de mirifiques recettes, à des trouvailles de gala. Ce n'est qu'un Précis d'alimentation naturelle, la cuisine brute, comme il y a l'art brut.

La cuisine paléolithique, c'est la cuisine de Dieu. je n'ai voulu que préserver de l'oubli, ici ou là, quelque essentiel point de détail, quelque drôle de truc, quelque immémorial secret. Ce que j'appelle : le point d'or.

Il n'y aura donc ici que quatorze recettes, juste pour une semaine, mais toutes les semaines du monde se ressemblent, et voilà votre bréviaire pour toute votre vie. » 

Voici le menu d'un repas avec Henry Miller ; il comprend des crudités, de la sanquette, (à vos dictionnaires), une poule au riz au safran avec lactaires délicieux et des framboises du lieu.

Voici la recette du millas charbonnier que l'auteur tenait de son père, un gâteau de maïs dont Pline signalait déjà la consommation dans les Gaules.

Connaissez-vous le " tchaoutcholo " ! " C'est tout bonnement du vin sucré, du vin pur naturellement, où l'on trempe du pain... le vin doit être chambré, le sucre de canne, la proportion de 50 g,  de sucre pour 250cl de vin exactement... sans oublier le clou de girofle bien sûr. "

Une idée pour votre dîner du « lundi »:

Les Tomates de Lucie.

Prendre des tomates bien rondes, en main – les peler – les mettre à la cocotte sur feu modéré.

Laisser cuire à demi, mais ni plus ni moins, là est l’art !

Il faut que le cœur de la tomate sot encore cru dans sa peau roussie. Les joues en feu et le corps frais.

A la fin, une bonne persillade à l’ail.

Servez et versez tout le jus par-dessus.

Ça me rappelle Shéhérazade.

Et, commande Joseph Delteil

 « .. léve-toi tôt ! »

La recherche de celui qui crée plus que de l’œuvre aboutie, c’est le credo de Joseph Delteil :

 L'HOMME COUPE EN MORCEAUX -  L'HOMME DES BOIS 

« Moi je suis naïf, idéaliste. Une espèce d'analphabète. Je n'ai jamais rien appris, j'invente. Ça s'appelle l'instinct. Les savants  savent tout, c'est évident, mais l'analphabète sait le reste. D'ailleurs il paraît que le savant type, Einstein, quand il monte au  tableau, personne, sauf deux ou trois ouistitis de son espèce, n'est capable de le comprendre. Amen!
C'est l'ouvrier qui m'intéresse, et non l'œuvre. L'ouvrier des pyramides, l'ouvrier des cathédrales, était-il heureux? (qui donc sinon moi a écrit: "un homme c'est plus qu'une cathédrale! "). Moi, je cherche le plaisir, le bonheur.
 L'homme, le moindre homme c'est moi.

Tout ce que je sais, moi l'homme des bois, c'est que j'aimerais mourir un jour dans ce village de Pieusse, Pioussolès-Balandrans, où d'ailleurs je ne suis pas né, mais que j'ai humé, respiré, reluqué, palpé, mordu, chié, joué aux boules, foulé aux pieds, tressailli, digéré à partir de l'âge de deux ou trois ans, entre le breilh de la barque où nous lavâmes tant de lessives avec maman et notre vigne de Fourques où les comportes aux vendanges étaient si lourdes à porter au pal, sans oublier cet endroit limoneux au bord du Rec où le ciel est si bleu, et où la pie tous les matins à 7 heures faisait son tintamarre; la mort y serait, me semble-t-il, plus étrange, plus étrangère qu'ailleurs, et quelque chose de moi y serait immortel.

Pour terminer avant de commencer vos propres fouilles, quelques affirmations de Joseph Delteil :

" Ecrire, c'est fraterniser; c'est fraterniser en jouant; c'est fraterniser en jouissant".

"Ecrire : c'est faire l'enfant!"

"Mes frères, la suprême fraternité, c'est la fraternité des ventres".

"Le charme de vivre : c'est l'amitié"
"L'homme est une flèche à la poursuite d'un rêve"

Et pourtant il écrit : « Je ne rêve jamais. Je reproche au rêve de se substituer trop souvent à l'action. Le plus petit acte du monde me paraît plus beau qu'un rêve. La vie n'est pas un rêve. Je ne rêve jamais. »

"J'aime, voilà tout mon secret"

Il se veut :

"Ourson d'aspect, Cathare d'âme, paléolithique de cœur"

 

 

Écrit par saussan Lien permanent | Commentaires (0)

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